Est-ce bien raisonnable de posséder une voiture qui passe 92 % de son temps sur une place de parking ? Est-ce logique d’acheter une perceuse et de ne s’en servir qu’un une fois par an ? Ou de laisser dans le grenier la poussette du petit dernier prendre la poussière ? Pour les adeptes de « l’économie du partage », il ne s’agit ni plus ni moins que d’une sous-utilisation de biens matériels, d’un capital, et donc d’un gâchis autant économique qu’environnemental. Revente, don, troc, location ou emprunt…, l’économie du partage est ancienne, mais se trouve réinventée par la « révolution numérique ». Que ce soit directement entre particuliers ou via des entreprises, des associations, des services publics, avec ou sans échange monétaire, de nombreuses pratiques peuvent permettre d’optimiser l’usage des biens en les « partageant ». En parallèle, le concept d’économie du partage – ou le concept frère de consommation collaborative – gagne en notoriété, ce qui se traduit notamment par la structuration d’un mouvement d’entrepreneurs ou par des plans d’actions publics dans quelques villes « pionnières ». Les modèles de réemploi (revente, don et troc) sont déjà courants – surtout le don aux associations et aux proches – et concernent tous les biens, avec des intensités variées. Ils sont aujourd’hui renouvelés par les plateformes internet comme ebay ou leboncoin, d’ores et déjà utilisées massivement par les particuliers, ou par l’émergence de nouveaux modèles d’affaires dans lesquels les entreprises ne vendent plus les biens, mais les louent sur longue durée, les récupèrent et peuvent les réemployer. Les modèles de mutualisation (location et emprunt de courte durée) sont beaucoup moins développés – ne serait-ce que parce peu de biens s’y prêtent aisément, comme les livres, les DVD ou le matériel de bricolage. Là encore, ils se trouvent renouvelés par des modèles en pair-à-pair encore émergents, à l’image de Zilok, qui jouent sur la proximité entre l’offreur et le demandeur. La location courte durée de voitures est un cas particulier de mutualisation, qui peine encore à se développer : la propriété reste la norme en matière de voiture. Aux côtés d’acteurs traditionnels comme Avis ou Hertz, s’ajoutent aujourd’hui des acteurs innovants dans l’auto-partage comme Autolib ou Mobizen, et des plateformes de location entre particuliers comme Buzzcar, Drivy ou Deways. Les constructeurs automobiles également se positionnent sur le partage de voitures. En parallèle, le covoiturage se transforme avec l’émergence rapide de plateformes internet comme Blablacar. Tous ces modèles construisent une véritable économie du partage, qui n’est pas nouvelle, mais se renouvelle sous l’essor des technologies numé- riques et de la baisse associée des coûts de transaction, et qui porte un espoir : mobiliser le potentiel environnemental du partage de biens.