Le Cassandre

02 mai 2017

Le vin blanc provoque la coupe rose

Boire régulièrement du vin blanc double presque le risque de contracter la rosacée chez les femmes, avertissent des chercheurs. Un groupe de chercheurs américains et chinois a établi que les femmes qui boivent du vin blanc ou des liqueurs souffrent plus souvent de problèmes de peau du visage, selon une étude publiée dans le Journal of the American Academy of Dermatology. Chez cette catégorie de femmes, la rosacée est plus souvent diagnostiquée (il s'agit d'une affection chronique de la peau qui se manifeste par des rougeurs sur les joues, le nez, puis le front et le menton). Des dermatologues ont analysé l'état de santé d'environ 83 000 femmes de même que la quantité d'alcool qu'elles ont consommé entre 1991 et 2005. 5 000 d'entre elles souffraient de rosacée, ont-ils établi. Selon les chercheurs, la consommation de plus de cinq verres de vin blanc par semaine augmente le risque de contracter la rosacée de 49 %, celle de trois verres par semaine, de 14 %. Ce lien s'expliquerait par le fait que la consommation de vin blanc affaiblit le système immunitaire et provoque l'angiectasie, ce qui entraîne des rougissements. À la différence du vin rouge, le vin blanc, en outre, ne contient pas de substances à effet anti-inflammatoire, selon les scientifiques.

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29 mars 2017

Supprimer le libre arbitrehttp://www.agence-seminaire-barcelone.fr

La semaine dernière, à l'occasion d'un séminaire à Barcelone m'a permis d'écouter la conférence d'un intervenant américain qui évoquait le rapport antagoniste que peut entretenir la France avec le libre marché. La critique la plus virulente qui estfaite à l'encontre du libre marché réside fondamentalement dans la question du marché en tant que processus organisationnel. La manière dont s’élabore le succès dans le cadre du libre marché n’est en effet généralement pas fondée sur le mérite intellectuel ou artistique. Ce n'est pas celui qui détient un don pour l‘art qui s'enrichit. Qu’il s’agisse d'une nouvelle technologie ou de voyages low cost.. Et même si vous êtes presque ignare, vous pourrez devenir richissime grâce au libre marché. Il suf?t d’avoir la bonne idée au bon moment et pouvoir persuader le marché. Et cette idée (que le succès dans les ?nances est régi par la popularité occasionne chez certains de l'animosité. On le décèle dans leur attitude souvent condescendante par rapport aux personnes qui se sont enrichies grâce au libre marché. Connaître le succès en répondant aux besoins du « marché » est interprété comme être asservi au plus répugnant des instincts humains : la cupidité. Tandis que posséder un projet artistique est jugé comme un tribut au plus respectable des sentiments humains : l’esprit humain. Le fait qu’un fabricant puisse gagner beaucoup plus sur le marché du travail qu’un philosophe est estimé comme une offense faite à un ordre idéal. En France, presque toute la fine fleur des intellectuels déprécie « le capitalisme ». En élevant la «popularité » au rang de moteur de succès, le libre marché privilégierait ainsi la « Disney?cation » de notre société, où la culture s'enfoncerait dans un grand marécage purulent de mauvais goût, devenu une norme. L’idée sous-tendue par cette vision du monde peut être résumée ainsi : l'infini mépris du libre choix de chaque citoyen. Le mépris de l'individu qui choisit de partir en vacances vers une destination populaire ou se rend au Mc Do. Le mépris du libre choix de chaque citoyen, de crainte que ce choix collectif puisse saper la soi-disante vraie culture. Au terme de ce meeting à Barcelone, plus j'y pense, et plus je suis persuadé que c'est cet état d'esprit qui contribue au déclin de la France.Retrouvez toutes les infos sur ce séminaire à Barcelone en suivant le lien.

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20 mars 2017

Le Front national et la police

Ce doit être dans les gènes de tous les mouvements nationalistes d'aimer la police. Après tout, elle incarne l'autorité, l'ordre, la force, la puissance, autant de valeurs qui font froufrouter leur cœur de petite frappe endurcie, jamais plus à son avantage quand il s'agit de dénoncer le laissez-aller ambiant, la perte des valeurs, le déclin supposé d'un pays gangrené par des hordes d'étrangers colonisant toutes les couches de la société. Vieux et éternel fantasme d'une France blanche, chrétienne, propre sur elle, fille aînée de l'église, belle-fille du Maréchal, cousine usurpée de Jeanne d'Arc, travail, famille, patrie, on est chez nous, la France aux Français, aux vrais Français s'entend, pas aux demi-portions rapportées qui avec leur sang mêlé, leurs origines lointaines et douteuses, souillent de leur seule présence le drapeau tricolore. On connaît la chanson. Ceci ne prêterait pas plus à conséquence si bien souvent la police ne trouvait pas aussi à son goût ces partis du repli sur soi: la dernière étude du Cevipof situe au-dessus de 50% le vote Front national parmi les fonctionnaires de police. Oui il est permis d'avoir peur. Oui il est légitime de se demander si avec un tel niveau d'adhésion, la police nationale effectue sa mission de maintien de la paix et de protection de la République dans une neutralité d'opinion irréprochable à même de traiter avec la même bienveillance le petit Loïc que le dénommé Karim. Ou Théo... Je ne prétends pas que tous les policiers sont des racistes enragés prompts à jouer de la matraque sitôt aperçu le premier visage un tantinet foncé, je dis simplement que lorsqu'un corps constitué adhère avec un tel niveau d'enthousiasme à une formation politique dont l'unique argument est de stigmatiser à tout-va l'étranger, vous êtes en droit de vous poser des questions. Et de demander des comptes. Et de s'émouvoir quand, on ne sait par quel tour de passe-passe, on ose qualifier d'accident l'intrusion d'un bâton de police dans le fondement d'un jeune homme. J'entends bien qu'il est tout sauf facile d'être policier, qu'ici et là il doit faire face à une aversion à même de dégénérer à tout instant en violence, qu'il risque parfois sa vie pour assurer notre protection, mais ceci, aussi vrai soit-il, ne l'autorise en rien à préjuger de la dangerosité d'autrui au seul motif de sa couleur de peau ou de la consonance de son nom. En rien. On attend du policier la même chose qu'on exige du professeur : une éthique irréprochable, une stricte application du règlement et une impartialité absolue. Et ce, en toutes circonstances. En toutes circonstances. Ce qui, de toute évidence, est loin d'être le cas. Je n'ai jamais eu à traiter avec la police, j'ai toujours été un brave garçon, je n'ai jamais rien volé, rien cassé, je ne me suis jamais bagarré, je ne me suis jamais retrouvé dans des situations compromettantes, je ne sais rien de la banlieue et de ses malaises, je n'ai jamais eu à exhiber ma carte d’identité ou à épeler mon nom –c'est heureux!– mais si, n'ayant rien à me reprocher, j'avais eu à le faire et ce, sans motif apparent, je crois bien que j'aurais nourri vis-à-vis d'elle une rancœur, une méfiance et un ressentiment à nul autre pareil. Et d'imaginer un seul instant ce que cette police-là pourrait s'autoriser si d'aventure Marine Le Pen succédait à François Hollande, voilà de quoi sentir passer le souffle de cet arbitraire odieux qui s'abat sur celui dont le seul tort est d'être différent.

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07 février 2017

A faire, l'hélico

La semaine dernière, ma moitié et moi avons effectué un vol en hélicoptère à Marseille. C'était une première pour tous les deux, et je dois dire que c'était tout simplement magique. Mine de rien, je commence à les accumuler, les expériences originales de ce genre. C'est curieux, la vie. Durant des années, je me suis contenté d'une vie bien disciplinée où rien ne dépassait. Il a fallu un drame pour me faire un électrochoc. J'ai soudain réalisé que le confort ne comblait pas tout. Ca peut sembler évident, mais c'est une vérité qu'on a souvent tendance à désapprendre, selon moi : lorsque viendra la Faucheuse, et qu'on se retournera pour observer le chemin parcouru, je pense que l'on s'apercevra combien notre vie était stérile, si l'on n'y prête pas chaque jour attention. Les souvenirs sont en définitive beaucoup plus importants que le confort. Car ce qui reste en mémoire, ce ne sont pas toutes ces soirées télé passées sur le canapé : ce sont tous ces instants spécifiques, tous ces événements uniques qui marquent à jamais. Cette soirée romantique où vous avez demandé la main de votre femme. Ce jour où, portant une charlotte ridicule, vous avez tenu pour la première fois votre bébé dans vos bras. L'enterrement de votre père. Ce jour où vous avez eu un accident de la route. Cette nouvelle nuit à la maternité. Cet après-midi ensoleillé où vous avez découvert le monde depuis les airs. Ce sont tous ces moments qui importent vraiment. Le confort matériel n'a que la valeur qu'on lui prête. Mais dans le fond, il n'en a aucune. D'après moi, nous abandonnerons notre Renault ou notre service en cristal derrière nous en quittant notre enveloppe corporelle. Les souvenirs sont tout ce qu'on gardera de notre passage sur Terre. Et au cas où vous vous poseriez la question : les programmes de téléréalité ne constituent pas un souvenir valable... Je vous mets en lien le prestataire qui nous a concocté ce vol en hélicoptère, si vous voulez approfondir la question. Si vous n'avez jamais fait, je vous recommande chaudement l'aventure : le monde est toujours extraordinaire vu de là-haut.

vol helicoptere 14

 

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31 janvier 2017

... sans mots

wow

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Le tourisme parisien

Paris : 3ème ville la plus visitée au monde par les touristes étrangers mais une dynamique qui s'essouffle Le tourisme francilien d'agrément et d'affaires représente €14,6 milliards de PIB en Ile-de-France, soit 8% du PIB primaire francilien en 2010. Malgré son 3ème rang mondial52 en nombre de touristes internationaux, Paris Ile-de-France est, parmi les 10 villes les plus visitées au monde, celle qui connaît la plus faible croissance en nombre de visiteurs étrangers depuis 2010 (TCAM 2010-13 : +1,5%) et la seule qui connaît un recul entre 2012 et 2013 (-0,7%). Par opposition, des villes telles que Bangkok, Singapour ou New York ont connu une croissance très soutenue du nombre de touristes internationaux, respectivement +18,2%, +17,8% et +9,4% par an entre 2010 et 2013. En matière de revenus touristiques par séjour, Paris Ile-de-France se classe au 5ème rang mondial, avec un panier moyen par séjour de €1 049, soit 65% du panier moyen des touristes à New York City qui culmine à $1 615 (notamment en raison d'une durée de séjour supérieure). Pour retrouver une position de leader, Paris Île-de-France doit s’appuyer sur une stratégie de développement touristique de la métropole ambitieuse et pragmatique s’appuyant sur un ciblage précis des clientèles sur chaque segment, sur une politique de promotion rationalisée et sur une complémentarité entre tourisme d’agrément et tourisme “dit” d’affaires. Paris dispose de nombreux atouts sur lesquels capitaliser pour augmenter le poids du secteur touristique, avec des enjeux spécifiques pour chaque segment : tourisme d'agrément et tourisme d'affaires. En matière de tourisme d'agrément, Paris Ile-de-France peut s'appuyer sur une offre culturelle et touristique parmi les plus riches au monde. 10 sites touristiques attirent plus de 2 millions de visiteurs annuellement, dont 3 plus de 10 millions : Disneyland Paris, la Cathédrale Notre-Dame de Paris et la Basilique du Sacré Coeur de Montmartre. L'intensité de la vie culturelle, le patrimoine historique, l’image de l’art-de-vivre parisien à l’étranger, les vastes possibilités de shopping, en particulier de luxe, ainsi que les activités de divertissement offertes (vie nocturne, Disneyland Paris, etc.) sont autant d’atouts touristiques de Paris Ile-de-France.

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21 novembre 2016

Travail sans loisirs rend salarié triste sire

La semaine dernière, j'ai pu profiter d'un très reposant incentive à Bilbao. Le but de la direction était de nous féliciter pour avoir tenu le coup en dépit du climat tendu en raison de l'actualité. C'était la moindre des choses, car on peut dire que nous nous sommes battus comme des lions : nous méritions donc bien de fêter l'événement. Cet événement a, comme à chaque fois, été fort apprécié (surtout lorsque sont arrivés les jeux). Mais je souhaiterais plutôt vous parler ici de ceux, souvent bien moins enthousiasmants, que j'ai vécus avant ça. C'est que l'incentive n'a pas acquis ses lettres de noblesse en un claquement de doigts. En réalité, il a fallu pas mal d'années pour que les DRH emploient correctement ce nouvel outil : et les couacs étaient nombreux au début. Il y a quelques années, je bossais dans une société était aussi douée pour le management que moi pour la cuisine. Pour vous donner une idée, nous pouvions nous surpasser des semaines durant pour réaliser le chiffre, sans jamais obtenir un mot de remerciement en échange. Je peux vous assurer qu'à force, un certain ras-le-bol (voire un ras-le-bol certain !) s'est installé. Lorsque j'ai rejoint mon entreprise actuelle, j'ai découvert qu'elle arrangeait souvent des incentives, mais sans comprendre la portée véritable de ce type d'événement. Elle envisageait en effet ces déplacements comme de simples vacances, lors desquelles nous étions livrés à nous-mêmes. Une fois arrivé, chaque employé se faisait son petit programme et se désolidarisait du groupe. Ces voyages étaient bien sûr généreux de la part de la direction, mais n'aidaient en aucune façon à tisser des liens entre les participants. Pour qu'un incentive soit une vraie réussite, il est nécessaire de poser un minimum de règles : il faut faire en sorte que les collaborateurs restent ensemble, mais travaillent aussi (ou jouent, en l'occurrence) ensemble tout au long du séjour. Et ça, je pense que mon entreprise ne l'a compris que tardivement. Offrir un voyage sans animation à la clef ne présente presqu'aucun intérêt pour l'entreprise. Tout l'intérêt de ce genre d'événement est d'être une occasion unique de réapprendre à œuvrer les uns avec les autres. Et à cet égard, les challenges restent l'instrument le plus approprié. Lors de cet incentive à Bilbao, mes collègues et moi avons d'ailleurs eu droit à une série de challenges pour le moins originaux : je vous mets en lien l'agence qui s'en est chargée, si vous souhaitez voir ce que la direction nous avait préparé !

bilbao

 

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03 novembre 2016

La résponsabilité sociétale des entreprises

Le gouvernement chinois ne ménage pas ses efforts pour encourager, voire contraindre les entreprises à assurer leur pleine responsabilité sociale. Il le fait dans deux domaines?: la lutte contre la pollution et la lutte contre la corruption. Cette double orientation n’est pas le fruit du hasard. Les citoyens chinois sont particulièrement mobilisés contre la corruption – ils l’étaient déjà depuis des siècles sous l’Empire – et pour la protection de l’environnement – ils sont surtout sensibles aux conséquences de la pollution dans les grandes villes, particulièrement à Pékin et dans le nord du pays. Les premières lois adoptées sur la responsabilité sociale des entreprises datent de 2005. Aujourd’hui, les bourses de Shanghai et de Shenzhen obligent les entreprises cotées à publier un rapport "RSE". Il y a deux ans, le gouvernement a contraint les 15?000 entreprises les plus polluantes, y compris les entreprises publiques, à publier les chiffres de leurs rejets polluants. Depuis peu, les entreprises qui enfreignent les lois sur l’environnement n’ont plus accès aux grandes banques ni aux marchés publics. Et en matière d’environnement, les entreprises doivent souvent céder à la pression sociale, souvent plus forte que celle du gouvernement. En matière sociale, on a aussi fait des progrès, sur la sécurité sociale et les retraites. Et le salaire minimal augmente régulièrement, plus vite que le PIB. “Les premières lois adoptées sur la responsabilité sociale des entreprises datent de 2005. Aujourd’hui, les bourses de Shanghai et de Shenzhen obligent les entreprises cotées à publier un rapport “RSE”” Certes, ces dispositions peuvent être contournées, quand les entreprises polluantes, par exemple, financent elles-mêmes les organismes chargés de les contrôler. Et la situation des “mingongs”, ces ouvriers qui quittent la campagne pour travailler dans les villes, n’est pas éloignée d’un esclavage moderne. Les entreprises occidentales, donneuses d’ordres, ont d’ailleurs leur part de responsabilité dans la production au coût le plus bas. Quant à la lutte contre la corruption, elle est trop répandue et trop installée dans les mœurs chinoises pour être rapidement anéantie. Des mesures gouvernementales en faveur de la RSE, on est passé, depuis quelques années, à la création d’entreprises sociales, dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’environnement. Ces nouveaux entrepreneurs sont plutôt jeunes (63?% d’entre eux ont moins de 40 ans) et éduqués (100?% ont un diplôme universitaire). La moitié d’entre eux a l’expérience des études ou du travail à l’étranger. Mais la rentabilité n’est pas toujours au rendez-vous?: 42?% de ces entreprises seulement génèrent des profits. Elles n’en trouvent pas moins des investisseurs. Comme si, après l’ère du développement, qui est pourtant loin d’être arrivée à son terme, venait celle de la responsabilité sociale.

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La résistance du monde bancaire

La résistance des banques aux réformes vitales (pour nous, pas pour elles) révèle une complicité douteuse des États et autres institutions sur laquelle revient Jézabel Couppey-Soubeyran dans un nouveau livre ‘Blablabanque’. À lire en attendant la fin du monde, qui interviendra avant la fin du monde bancaire. Troisième mode d’argumentation du conservatisme, la mise en péril “consiste à affirmer que le changement en question, bien que souhaitable en principe, entraîne tel ou tel coût ou conséquences inacceptables”. Ce n’est plus la réforme en elle-même qu’il faut craindre mais bien ses suites. L’argument s’accompagne de l’idée que le “progrès” induit par la réforme considérée implique de renoncer à un autre progrès précédemment acquis. un peu comme si, explique Albert Hirschman, entrait en jeu une “espèce de “monnaie progrès” qui permet de poser la question en ces termes?: est-il bien raisonnable de sacrifier un progrès déjà acquis au nouveau??”. La transposition au discours de résistance des lobbies aux réformes bancaires et financières vient immédiatement. À les entendre, la stabilité financière a un prix qu’il faudrait payer en renonçant à des points de croissance. arriver à distiller dans l’opinion publique cette idée d’un arbitrage incontournable entre la stabilité financière et la croissance – quand la première progresse, la seconde recule?! – voilà une belle illustration de la “mise en péril” telle que la verbalisent les lobbies bancaires. Pour Robert W. Jenkins (professeur associé à la London School of Economics, ancien membre du comité de politique financière de la Banque d’Angleterre), cette idée selon laquelle il nous faudrait choisir entre la stabilité et la croissance n’est rien d’autre qu’un “mythe” auquel le lobby bancaire veut nous faire croire. Pour Albert Hirschman, la thèse de la mise en péril appelle un raisonnement plus complexe, une approche plus historique que les deux autres. Il explique qu’au XVIIIe et au XXe?siècle, les réactionnaires défendaient la thèse de la mise en péril de la liberté par la démocratie. Plus précisément, au XXe?siècle, vers la fin des années 1970, dans un contexte de “crise générale de gouvernabilité” des démocraties occidentales, vient la thèse de la mise en péril de la liberté et de la démocratie par l’état providence. Je crois pouvoir dire que l’on observe en ce XXIe?siècle une nouvelle déclinaison de la thèse de la mise en péril, celle de la croissance par la stabilité financière. Cela dans un contexte de crise de la croissance où l’on est en panne de modèle?: faut-il renouer avec l’ancien modèle de croissance tiré par la consommation (mais alors il faudrait stimuler la demande)?? en faut-il un nouveau qui favoriserait la transition écologique (mais alors il faut repenser l’offre)?? ou bien faut-il plus radicalement renoncer à la croissance, s’en aller vers la décroissance?? toutes ces interrogations offrent un terrain fertile à la thèse de la mise en péril de la croissance par la stabilité financière. Le raisonnement qui permet d’argumenter cet arbitrage, ce taux de change pour ainsi dire, entre croissance et stabilité financière n’est pas immédiat. Il repose sur la relation entre la finance (ou plus exactement le développement financier) et la croissance. Il fait l’hypothèse que la finance est un moteur inépuisable de la croissance. Ce qui revient à dire que plus il y a de finance (des services bancaires, des crédits, des dépôts, des échanges de titres, de devises, etc.) et plus il y a de croissance. C’est une question depuis longtemps débattue entre les économistes. Si Joseph Schumpeter (1883-1950) soutenait déjà l’importance de la finance pour l’innovation et la croissance, pour Joan Robinson (1903-1983), le développement financier ne faisait, au contraire, que suivre la croissance. C’est entre les murs de la Banque mondiale, dans les années 1990, que le point de vue de Schumpeter a gagné en force. Ross Levine, alors chef économiste de cette institution internationale, met en place une énorme base de données renseignant sur le niveau de développement financier de quasiment tous les pays du monde et se lance dans un vaste programme de recherches. Sans doute pas seulement pour la beauté de la science… Chacune de ses publications était animée par la volonté de montrer que le développement financier allait de pair avec la croissance. Que les différences de performances entre les pays s’expliquaient par des différences de développement financier. Qu’il fallait donc veiller à favoriser le développement des services financiers et le contexte juridique et institutionnel allant avec (en somme, celui des pays anglo-saxons). S’est ainsi forgée l’idée d’un lien très fort entre finance et croissance, et même d’une causalité faisant de la finance une condition sine qua non de la croissance. Jusqu’où?? Le moteur ne s’épuise-t-il pas au-delà d’un certain seuil?? Quand le secteur bancaire d’un pays pèse 4 ou 5 fois – parfois bien au-delà – son produit intérieur brut, qui mesure l’ensemble des revenus distribués en une année entière, est-il toujours un moteur pour l’investissement des entreprises?? Quand il s’échange chaque année sur le marché des changes 15 fois le PIB mondial ou 58 fois le montant du commerce mondial, le marché des changes ne devient-il pas une sphère qui tourne sur elle-même, déconnectée de l’économie réelle?? Peu de chercheurs se sont risqués à le penser, peut-être par peur de contredire Ross Levine, le pape du développement financier, ou de se heurter à un refus de publication dans les revues acquises à ses thèses. Alors, au tournant des années 1990-2000, le consensus qui prévalait dans la communauté académique était effectivement que plus de finance entraîne plus de croissance. Ce qui signifiait aussi bien sûr que, en freinant le développement de la finance, on réduirait la croissance. oui, mais cela c’était avant?!

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25 février 2016

L'ère des populistes

Quand je regarde l'actualité américaine, je suis quand même bien content de vivre en France. Dès que je vois la trogne de Trump à la télévision, je me dis que les Etats-Unis sont un pays extraterrestre. Durant un séminaire à Bordeaux, j'ai d'ailleurs discuté de ces élections américaines avec des new-yorkais. Nous avons évidemment parlé du milliardaire à la coupe de cheveux étrange qui fascine tant les médias. Quand on m'a demandé si nous avions un équivalent en France, j'ai répondu que nous avions heureusement été préservés de cette folie. Nous avons bien eu Jacques Cheminade qui décrivait la réforme de la santé américaine comme un crime contre l'humanité, mais il y a une différence de taille, en ce sens où il obtenait un score risible. Pour autant, avec un peu de recul, il me semble que nous ne sommes pas si loin du cas américain, en définitive. Car quelque chose ressort clairement de ces élections : l'ordre actuel, comme chez nous, est en train de s'écrouler. Là-bas, ce sont des candidats comme Donald Trump qui tirent leur épingle du jeu : des challengers qui prônent la destruction du modèle existant. Mais ici, nous avons un équivalent puisque nous avons la présidente du Front National. Aux Etats-Unis comme en France, un changement analogue est en cours : l'électorat ne supporte plus ses élites. Cela fait un bout de temps que ce désamour caractérise notre société. Lors des élections de 2002, un certain Jean-Marie Le Pen était déjà passé au second tour. On ne peut donc pas prétendre que ça vient de sortir. Il s'agit davantage d'une vague de fond qui s'est construite au fil des décennies. Je crois que tout a commencé à partir de Napoléon. Et puis c'est monté, avec les crises économiques, la montée de la dette publique, la montée du chômage.. Lors de ce séminaire à Bordeaux – suivez le lien pour le contact de l’organisateur - , quelqu'un a décrit ce rejet comme une menace pour la démocratie. Mais je ne suis pas du tout d'accord avec cette idée. Je crois au contraire qu'il est capital de rappeler qui est le patron, de temps à autre : le peuple. Pour l'instant, c'est l'ère des populistes. Mais après cela viendra enfin l'ère de la reconstruction.

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